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Sarah Marquis Voyage

Sarah Marquis part pour 20’000 km à pied, du lac Baïkal au sud australien...
Sarah Marquis part pour 20’000 km à pied, du lac Baïkal au sud australien...
L e compte à rebours est enclenché: c’est le 20 juin que la jeune marcheuse romande partira du lac Baïkal, en Sibérie, pour un périple solitaire de deux ans. Sans son chien D’joe, trop vieux pour un tel périple.

«Des mois de préparation physique sont encore nécessaires pour adapter mon corps mais aussi mon esprit à cette prochaine aventure que constitue l’expédition ExploAsia 2010. Une traversée de 20’000 km sur deux continents qui va nécessiter flexibilité et adaptation au terrain…» Sur fond de globe terrestre, Sarah Marquis, 38 ans, la «marcheuse de l’impossible», détaille son prochain périple: «Depuis Irkoutsk au bord du lac Baïkal, en Sibérie orientale, je vais descendre sur la Mongolie, puis traverser le désert de Gobi, me diriger sur la Chine et son désert du Taklimakan - celui d’où l’on ne revient jamais… -, des grosses dunes de sable gris avec un vent incroyable qui tourne et où l’on ne voit pas à deux mètres».

De là, l’intrépide aventurière devrait se retrouver chez les Ouïgours chinois, puis partir sur le nord de l’Inde sur un col de l’Himalaya à plus de 6’000 m d’altitude pour rentrer ensuite dans le Sikkim indien par le Népal: «Je vais contourner le royaume du Bhoutan: il y a trop de problèmes logistiques avec l’obligation de dépenser 200 dollars par jour passé dans le pays. Je traverserai ensuite le Laos, une région où l’on rencontre encore des tigres et de nombreux serpents. C’est bien, comme ça j’aurais assez à manger!», plaisante cette végétarienne depuis l’âge de 13 ans, obligée de tuer serpents et oiseaux à l’aide d’une fronde ou d’une sarbacane pour pouvoir s’alimenter, à la limite de la survie.

«Arrivée à Bangkok en principe en octobre 2011, je vais monter à bord d’un cargo pour me rendre au nord de Bornéo, en Indonésie, puis traverser la jungle dans un milieu de biodiversité avec ses orangs-outans et une faune qui m’est assez inconnue. Au sud de l’île, en principe en avril 2012, je vais prendre un bateau crevettier pour atteindre le nord de l’Australie, près de Darwin, la région de «Crocodile-Dundee». «Là, je serai enfin un peu chez moi», commente Sarah l’Australienne. Puis un dernier effort de 3’000 km - à raison de 1000 km par mois ou 30 km par jour - sera nécessaire à travers les déserts australiens pour atteindre enfin le point extrême sud de son voyage, à 1500 km de Perth. C’est lors d’une précédente expédition (17’000 km en boucle dans le désert australien) que Sarah Marquis est tombée amoureuse d’un petit arbre planté dans le sable appelé «Nullarbor plain». «Il y a juste lui et rien autour à 360°, c’est nu et vrai. J’y ai fait un point GPS voilà bien des années en me promettant d’y retourner un jour...»

Une expérience de survie
Durant ces 20’000 km de marche solitaire, Sarah portera sur son dos un sac de 30 kg, elle qui en pèse à peine le double. D’ici au départ fixé dans près de trois mois, elle va devoir prendre du poids. Elle s’entraîne régulièrement dans le fitness d’un palace montreusien qui l’appuie dans ses préparatifs. Sur le plan médical, elle a suivi un check-up complet à la clinique lausannoise La Source et une batterie de tests poussés avec l’aide du professeur Claudio Sartori. Cet interniste du CHUV lui a prescrit des anti-inflammatoires, pour l’aider à combattre sa prédisposition aux nausées et aux maux de tête au moment de franchir des cols himalayens à 6’900 mètres, mais elle s’obstine à ne faire confiance qu’aux médecines naturelles. Le Dr Sartori, spécialiste des effets de l’altitude sur le système cardio-vasculaire et respiratoire, se garde bien de vouloir influencer la démarche de l’aventurière: «Mon rôle est de l’observer dans le cadre d’une recherche scientifique. En aucun cas, je ne veux interférer avec la démarche philosophique de Sarah qui avoue être fascinée «par cette extraordinaire mécanique qu’est le corps humain», explique-t-elle. «J’ai envie d’explorer, de mieux comprendre la magie de cette puissance et savoir jusqu’où elle peut aller.»

Suivie par télémédecine
Dans son périple pédestre, outre son sac de matériel lourd de 30 kilos, l’aventurière emporte un pulsomètre miniaturisé pour surveiller son rythme cardiaque. Les données informatisées seront transmises en Suisse, chaque fois qu’elle pourra se connecter par liaison satellite. Elle emporte pour ce faire un panneau solaire pliable mis au point par le CSEM. Le même Centre Suisse d’Électronique et Microtechnique, à Neuchâtel, lui fournira aussi un anneau à mettre au doigt, permettant d’enregistrer l’évolution du taux d’oxygène dans son sang. Reste à développer un capteur permettant de mesurer la masse graisseuse dans le corps et donc l’état de nutrition générale de la sportive: «Ces données seront particulièrement intéressantes, relève Claudio Sartori. Elles permettront de voir dans quelle mesure un suivi médical à distance est possible et utile en conditions extrêmes.»
Les données récoltées pourraient être aussi utilisables dans d’autres situations extrêmes, lors d’expéditions himalayennes ou de missions scientifiques au Pôle Sud ou au Pôle Nord par exemple. Un autre sujet d’étude est l’amélioration des connaissances médicales concernant les spécificités féminines et leurs incidences sur le cycle hormonal, ou la densité osseuse: «Les avances de la télémédecine concernent tout le monde, conclut le Dr Sartori. Aujourd’hui déjà, certains patients diabétiques peuvent prélever eux-mêmes leurs données sanguines pour les transmettre à leur médecin. Demain ce pourra être aussi le cas d’individus situés dans des régions difficiles d’accès ou éloignées et nécessitant un suivi particulier.»
Une conclusion que ne dément pas Sarah Marquis, même si elle continue d’affirmer: «Lors des conférences que je donne, on me demande toujours pourquoi je marche. Eh bien, je ne suis toujours pas capable de répondre!».
Olivier Grivat


Plus d'informations en ligne : Sarah Marquis

  • De la Sibérie à l’extrême sud du continent australien, un périple de deux ans.
  • Sur son dos, 30 km d’équipement qui vont du filtre à eau à la tente démontable
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