Les maisons de Bernadette Brabeck
Bernadette Brabeck
«Une belle maison, c’est une maison où l’on est bien pour y vivre, c’est plus important que l’esthétique»
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ur cette île qu’elle affectionne, l’épouse du président de Nestlé y aménage des villas: «Quand Peter a vu ce nid d’aigle avec cette vue à couper le souffle, il a confirmé mon choix: c’est celle-là qu’il faut garder!»
Bernadette Brabeck a découvert Ibiza il y a quelques années. Elle n’a pas vraiment eu le coup de foudre lors de son premier voyage: «Quelle horreur!», a-t-elle lâché en pensant refaire immédiatement ses valises. Jusqu’à ce qu’elle découvre un coin de l’île encore épargné par le tourisme de masse, entre autres la zone de collines qui surplombe la baie d’Es Cubells, à l’extrémité sud-ouest de l’île, non loin de l’aéroport. Elle a surtout découvert une maison pour laquelle elle a ressenti tout de suite un coup de cœur: «Elle appartenait à Bob Zagury, un musicien mi-marocain mi-brésilien qui a eu son heure de gloire lorsqu’il sortait avec Brigitte Bardot dans les années 60, glisse Bernadette Brabeck, qui connaît bien l’Amérique latine étant d’origine chilienne. Bob Zagury finissait alors les travaux, mais il ne l’avait encore jamais habitée.»
Bernadette Brabeck va s’atteler à sa décoration et à son ameublement avec l’aide d’un décorateur local qui s’inspire fortement du style asiatique avec un grand Bouddha assis dans le salon. Pas vraiment du goût du couple austro-chilien. Tout a été prestement enlevé. Ne reste qu’un couple d’éléphants en bronze couchés dans l’herbage du jardin…
La gestion de l’espace
On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, pense la propriétaire des lieux qui n’oublie pas ses propres expériences de décoratrice. Elle possède encore ses bureaux dans les locaux du magasin établi au rez-de-chaussée de La Verrière, derrière le Montreux-Palace, dans l’immeuble construit avec les architectes Richter & Dahl Rocha. A la fin des années 80, elle exploitait une boutique dans le quartier du Flon, à Lausanne, spécialisée dans le recyclage de meubles, sous le nom de Galerie Up; elle était située à l’étage d’un bâtiment un rien délabré, un ancien Port franc. C’est aux abords d’un autre port, celui d’Eivissa, sur l’île d’Ibiza, que Bernadette et sa fille Carolina se sont attelées à la décoration de la «Casa de l’Este». Un drôle de nom pour une maison située à… l’ouest d’Ibiza: «Ce que j’aime le plus dans la décoration des maisons, c’est la gestion de l’espace», explique Bernadette Brabeck avec son accent hispanique sud-américain. Elle possède à son actif la décoration et l’aménagement d’une centaine de maisons, appartements et chalets destinés à toutes sortes de clients et amateurs de toutes sortes de styles. «J’aime les maisons les plus neutres possibles. On peut tout y faire et tout y installer sans être freiné par les contraintes.»
Le côté pratique avant l’esthétique pure
Avant de s’attaquer à l’aménagement intérieur d’une maison destinée à autrui, Bernadette Brabeck cherche à savoir quelles sont les habitudes de ses futurs occupants: «Je veux savoir comment ils organisent leur vie, s’ils mangent de préférence à la cuisine, s’ils regardent beaucoup la télévision ou sont de grands lecteurs, s’ils reçoivent beaucoup: «Une belle maison, c’est avant tout une maison où l’on est bien pour vivre, c’est plus important que l’esthétique. Un salon ne va pas durer toute une vie. On va en changer au cours des années, un peu comme l’on change de vêtements», remarque la «BB» montreusienne qui avoue ses préférences pour les maisons modulables, que l’on peut agrandir au fur et à mesure que le cercle de famille s’accroît. Elle avoue sa prédilection pour les mélanges de style, des meubles anciens mariés à du design moderne. Dans sa maison blanche d’Ibiza, elle n’est pas peu fière de la pièce maîtresse qui trône au salon, face à la mer: une imposante lampe de 2 m de diamètre faite sur mesure par un grand verrier florentin, amenée par camion jusqu’à Barcelone, puis par bateau à Ibiza. Comme elle pèse près de 180 kg, il a fallu renforcer les attaches du plafond, à 6 m 40 de hauteur, et la hisser au moyen d’une grue.
Faut-il beaucoup d’argent pour aménager une maison à son goût? «Pas nécessairement, rétorque Mme Brabeck qui se vante d’avoir un jour décoré un appartement de 200 m2 à Blonay (VD) en dépensant moins de 8’000 francs, y compris la machine à laver et les matelas! A Ibiza, Bernadette Brabeck s’occupe de deux autres maisons: la «jaune» également perchée sur une colline à l’autre bout de l’île, juste à côté d’un certain Niki Lauda. Une fois les travaux terminés, elle cherche à la revendre, de même que la «rouge», une maison d’architecte avec ses coins et ses recoins qu’elle va aussi remettre dans le circuit une fois les finitions achevées.
Pour faire la fête et inviter les amis
A Ibiza, la facture est à la mesure de cette villa de rêve, mais Bernadette et Carolina Brabeck ont aussi eu recours à des matériaux très simples comme le bois flottant pour les piliers des lits des chambres d’amis, de petits meubles ou bibelots acquis dans des vide-greniers ou des carrelages en terre cuite de confection artisanale locale. Dans une «grotte» ressemblant aux fours à pain d’antan, elles ont installé une salle de bain. La piscine est hollywoodienne avec sa vue panoramique sur la baie d’Es Cubells. A l’entrée de la maison, un atrium est occupé par un bassin rafraîchissant et quelques citronniers fraîchement plantés. Sur la terrasse, de gros cubes rouillés rappellent le fameux Cube de Jean Nouvel, installé provisoirement sur le lac de Morat lors de l’Expo 02. «J’aime beaucoup la rouille», reconnaît la maîtresse des lieux qui a aussi parsemé la maison de volumineuses bougies de provenance suisse alémanique et de coussins bruns et blancs non moins volumineux installés dans le gazon pour paresser face à la mer. Vestige d’une dernière fiesta familiale: «Pour ses 30 ans et pour son mariage, mon fils Nicolas a invité 150 personnes dans notre maison d’Ibiza», confie celle qui est aujourd’hui l’heureuse grand-maman d’un petit Léo et d’une petite Clara (fille de Carolina). Une jeune grand-mère pas tout à fait comme les autres: Bernadette Brabeck roule en Harley Davidson et va courir en circuit jusqu’au Castellet ou sur les routes sinueuses de la légendaire Mille Miglia au volant de sa Mercedes McLaren, un bolide de 700 chevaux et portières papillon qui s’ouvrent de bas en haut: «Mais j’adore aussi tricoter et coudre, tout en m’occupant de mes deux petits-enfants. C’est la plus belle chose qui me soit arrivée ces trente dernières années».
Olivier Grivat