Patrick Mimran, une solitude si parfaite

Barbara Polla - médecin, galeriste, <br />écrivain
Barbara Polla,
médecin, galeriste,
écrivain
A Paris, le mois de la photographie n’en finit pas de s’étirer. ParisPhoto semble loin déjà, mais de nombreuses expositions consacrées à la photographie restent ouvertes jusqu’à la fin de l’année et justifient à elles seules le déplacement dans la Ville Lumière. Celle par exemple des photographies de Patrick Mimran, au Passage de Retz, en plein cœur du Marais. Dès l’entrée, d’immenses escalators d’une plastique vertigineuse happent notre regard, qui s’enfonce ensuite dans les entrées de parkings newyorkais. Une douzaine d’entrées de parking tellement parfaites qu’elles semblent avoir été toutes conçues par des artistes désormais disparus depuis longtemps, comme ont disparu aussi de ce réel magnifié les humains qui normalement habitent ces mondes urbains où ils aiment à se réunir autour d’eux-mêmes. Il se dégage de cette série de photographies une solitude totale, qui nous renvoie à celle du photographe lui-même - preneur d’image et technicien de la perfection - et par extension, à la nôtre. A l’entrée des parkings, au bord du désespoir, nous restons sidérés à la lisière d’un monde d’en bas d’où l’humanité a été chassée par toute cette beauté sur papier glacé.

En mezzanine, un autre monde nous attend, même si là aussi, le long des rues de Chelsea ou des canaux de Venise, les hommes ont disparu comme par enchantement : le monde des billboards de Mimran qui envahissent l’espace public avec des phrases telles que « Art is not where you think you’re going to find it », « Cry for beauty not for sense », « No art inside » placardé sur les poubelles urbaines, ou des prénoms, Masha, Laetitia, Jessica, probables souvenirs de celles qui ont été les femmes de sa vie – ou encore, dans le ciel bleu de Miami, une banderole probablement tirée par un avion hors champ, « I’m the best in the west »… toutes assertions signées en rouge majuscule, Patrick Mimran. Une promenade plus légère, entre drôlerie, tendresse et désenchantement.

Une exposition contrastée qui hantera longtemps votre mémoire – alors n’oubliez pas, avant de quitter le Passage de Retz, d’emporter avec vous l’un de ces gardiens du souvenir que sont les livres – il y en a plusieurs, à choix, anthologiques ou spécifiques de l’un des aspects de la création plurielle de Patrick Mimran – des livres signés Paul Ardenne, Paul Ardenne qui est aussi le commissaire de ces Prélèvements Urbains.

Patrick Mimran, Prélèvements Urbains, Passage de Retz, 9 rue Charlot, jusqu’au 4 janvier 2009, 10-19h tous les jours sauf le lundi.

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