Les bijoux font rêver
Interview de David Bennett, Président du département de Haute Joaillerie chez Sotheby’s pour l’Europe et le Moyen-Orient.
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C
omment/pourquoi Genève est-elle devenue une référence mondiale pour les ventes aux enchères de joaillerie et de haute horlogerie?
Genève en particulier, et la Suisse en général, ont une excellente réputation dans les domaines liés à l’excellence et au luxe. La Suisse est la capitale mondiale de la haute horlogerie et Genève occupe une place prépondérante dans ce domaine. Notre ville, qui accueille également un grand nombre de joailliers, est aussi un centre important pour les pierres précieuses. Au niveau des enchères, si au départ, le choix de Genève fut motivé par des taxes favorables à ce type de transactions et par la présence du Port Franc, les maisons de ventes se sont rapidement développées pour faire de cette ville une référence mondiale dans le domaines des enchères de bijoux et de montres.
Parmi les collections de haute joaillerie les plus importantes offertes aux enchères par Sotheby’s, une grande partie a été vendue à Genève. La dispersion des Bijoux de la Duchesse de Windsor en 1987, pour laquelle je m’étais occupé de la réalisation du catalogue avec l’un de mes collègues, est encore aujourd’hui la collection privée de haute joaillerie la plus lucrative de toute l’histoire des enchères.
En tant que commissaire-priseur, j’ai également adjugé à Genève les 4 diamants blancs les plus chers jamais vendus aux enchères dont le Chloé Diamond en novembre 2007 qui s’est envolé pour près de 18, 2 millions de francs suisses.
Genève est aujourd’hui synonyme de prix record au niveau des ventes aux enchères de bijoux.
S’il s’agit d’une stratégie de Sotheby’s, est-elle sujette à changement? En clair, Genève pourrait-elle être menacée?
Nous organisons des ventes aux enchères de bijoux à New York, Hong Kong et Genève. Ces trois centres, d’égale importance, proposent tous de la haute joaillerie. Genève est pour notre maison le centre européen pour ce type de vente et nous y offrons depuis trois ans, en plus des bijoux traditionnels, des bijoux de provenance aristocratique, pour le plus grand plaisir des amateurs d’histoire et de bijoux d’exception.
D’autres villes du monde sont-elles en compétition dans ce domaine?
Non.
Les chiffres ont battu des records, est-ce encore possible de nos jours?
Si ces dernières années les prix ont enregistré une forte croissance, cette année nous assistons à un ralentissement de cette tendance. Nous nous trouvons dans une phase de transition où nous observons des réajustements. Le marché des enchères est cyclique. Ce n’est pas la première fois que j’assiste à un ralentissement de ce genre. Si nous avons atteint des sommets l’année dernière, cette année s’annonce plus calme. Cependant, en analysant les ventes de ces derniers mois, tous domaines confondus, j’observe que les pièces uniques, de très grande qualité et de provenance irréprochable, se vendent toujours très bien.
Les bijoux peuvent être des valeurs refuge, est-il plus ou moins difficile de trouver des collections à vendre en période de crise?
Que se soit en période de crise ou d’euphorie, trouver des objets à vendre n’est jamais aisé. Cela découle bien souvent d’une longue relation de confiance. Nous offrons le 12 mai à Genève, une superbe collection privée composée de nombreux bijoux signés Harry Winston, signe que le marché est toujours là. Comme le propriétaire veut rester anonyme, je l’ai intitulée A Celebration of Taste and Style, car il s’agit selon moi de l’une des plus importantes collections privées à apparaître sur le marché ces dix derniers années.
Y a-t-il des objets qui repassent entre vos mains, des collectionneurs qui changent de projet et revendent ce qu’ils ont aimé?
Bien sûr. Pour qu’un bijou vive, il doit être porté. Si quelqu’un ne le désire plus, il peut le remettre en vente. Ainsi voyons-nous, par exemple, réapparaître parfois des bijoux ayant appartenu à la Collection de la Duchesse de Windsor. En novembre 2007 par exemple, j’ai adjugé un bracelet en émeraudes et diamants, qui avait été mis en vente, une première fois, en avril 1987.
Quelles sont les motivations qui décident un collectionneur à se séparer de sa collection?
Un propriétaire peut décider de se séparer d’un bijou, ou de toute sa collection pour diverses raisons. Il peut s’agir parfois de successions ou alors on décide de séparer de ses bijoux parce que l’on ne les porte plus en raison de son âge, pour des questions de changement de mode de vie ou tout simplement de goûts. Par exemple, en mai 2008, nous avons offert aux enchères des bijoux provenant de la collection de Lily Marinho âgée de 87 ans. Considérée comme la première dame du Brésil, elle avait décidé d’offrir ses bijoux aux enchères car elle ne les portait plus. Nous avions réalisé un catalogue spécial pour l’occasion. Grace à cela, sa collection restera à jamais dans les annales des ventes aux enchères.
Les grandes ventes ont lieu en mai, est-ce une tradition?
Oui, c’est une tradition, les grandes ventes de haute joaillerie et de montres à Genève ont lieu chaque année en mai et en novembre et ceci régulièrement depuis le début des années 80.
A Genève est vendu un diamant rare découvert en 2008 dans la mine de Cullinan, dont le futur propriétaire sera libre de choisir le nom, par quel mécanisme cela se fait-il?
A la fin des années 1980, nous avons commencé à offrir à l’encan des diamants extrêmement rares, découverts et taillés peu de temps avec leur première apparition sur le marché des enchères, et donc encore jamais portés (cf. les diamants cités avant). Dans ce cas, l’acheteur d’une telle pierre a le droit de lui donner un nom qui restera avec la pierre. Par exemple, en novembre 2007, Georges Marciano, le fondateur de la marque Guess, acquit le désormais fameux Chloé Diamond, un diamant parfait pesant 84.37 carats, qu’il a nommé d’après sa fille.
Quels sont les rêves de Sotheby’s? Y a-t-il une collection de bijoux et de montres que vous rêveriez de présenter aux enchères?
Ce qui me plaît dans mon métier, c’est de découvrir de nouvelles collections ou des bijoux inconnus. C’est très stimulant. On croit tout connaître et puis soudain, on est émerveillé par une collection de rêve dont on ne soupçonnait pas l’existence. Ce fut le cas notamment avec la collection de Lily Marinho.
Portrait Sotheby’s
Sotheby’s est une entreprise globale active dans les ventes aux enchères d’objets d’arts, dans les ventes privées et dans diverses activités financières liées au marché de l’art. L’entreprise est présente dans 40 pays, avec ses salles de ventes principales à New York, Londres, Hong Kong et Paris. La compagnie organise aussi régulièrement des ventes dans sept autres villes du monde.
Suisse: Fondée en 1744 par Samuel Baker Sotheby’s est la plus ancienne société de vente aux enchères. En 1969, Sotheby’s ouvre sa première représentation en Suisse, à Zürich, puis en 1976 à Genève. Sotheby’s Suisse a des bureaux à Zürich, Genève et Lugano, et organise chaque année des ventes aux enchères, spécialisées dans les domaines de l’art suisse à Zurich, de la haute horlogerie et haute joaillerie à Genève en mai et en novembre. Sotheby’s offre également un service à la clientèle suisse désirant vendre ou acheter des œuvres d’art dans ses salles de ventes du monde entier.
A Genève: Le bureau de Sotheby’s à Genève est dirigé par Caroline Lang et compte environ 25 collaborateurs. Les départements montres et bijoux sont dirigés respectivement par Geoffroy Ader et David Bennett.
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