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Présentation


Isabelle Adjani

Le visage d’Isabelle Adjani ne stabilise pas celui qui l’observe. Comprenons bien que certains visages sont tellement lisses, régularisés, conventionnels, et comme sortis d’une boîte à clones, qu’ils rassurent précisément parce qu’aucun caractère quelque peu singulier dans leur architecture ne saille ni ne provoque.

Un visage peut être vu comme un pays découvert d’avion dans un premier temps: est-il en récif, calme plaine, désertique, feuillu, urbain, varié entre deux ou trois styles, c’est cela que l’œil instinctif de l’observateur percevra avant toute interrogation intellectuelle sur sa structure et son mouvement. Or Isabelle développe deux caractères singuliers dans son visage, très opposés. Cette influence nordique par ses yeux bleus qu’un excellent rocker aurait qualifié de bleu revolver et cette bouche incroyable dans le sens d’une sensualité tropicale qui ne laisse aucun doute sur l’aptitude à goûter la vie dans ce qu’il y a de plus charnu. Ceci dit, l’ensemble du visage de cette belle dame qui vit une maturité épanouie et généreuse ne semble pas avoir suivi cette maturation des traits qui qualifie les quatre âges de la vie de l’enfance à la vieillesse. C’est comme si le corps avait fleuri et que le visage était resté relativement en bouton et proche des valeurs caractéristiques de l’enfance: l’imagination, le fantasme, la sensualité, l’extraversion, l’adhésion au réel immédiat, et un sens esthétique inné hors convention.

Une enfance prolongée
Chaque être humain passe obligatoirement sa vie par ce registre des quatre formes fondamentales. Le premier, l’enfance qui dilate les chairs, les infiltre d’eau, les arrondit, et pousse les sens à s’ouvrir considérablement au monde extérieur. Puis à l’adolescence, le visage s’allonge, forme sa musculature et les signaux sexuels morphologiques secondaires apparaissent, et à la maturité, une certaine organisation des traits, offrent le maximum de structures osseuses et musculaires dans ceux-ci avant que le visage ne se dessèche par l’aridité de la vieillesse qui introvertit, amenuise, creuse, et ride, ultime étape avant l’état sans chair. Ici, Isabelle Adjani révèle ce visage encore plein, dont la formation en expansion aux yeux parfois étonnés, et au caractère d’enfance toujours présent alors qu’elle se trouve dans la maturité. Pour bien comprendre ce mécanisme, si l’on voit l’évolution du visage de Simone Veil, c’est quasiment le contraire qui s’est produit par son histoire: un excès de maturité trop tôt vécu. Voilà donc bien une clé du caractère d’Isabelle Adjani car on sait que plus on est souple, plastique, réceptif, ouvert, sociable et dépendant affectivement, plus on a de chances de jouer à la perfection de multiples rôles différenciés en incarnant d’autres formes de personnalité qui trouveront refuge dans l’aptitude d’Isabelle Adjani à les incarner.

Le mariage de l’Afrique du Nord et de l’Allemagne
Si l’on s’amuse à masquer le bas du visage d’Isabelle Adjani, on se trouve plutôt en Allemagne, et si on en masque le haut, on se trouve plutôt en Afrique. Echappe-t-on à son destin? Jusqu’à un certain point de l’avoir reconnu comme étant les forces inhérentes en soi et de savoir les utiliser, les marier et les transformer en un mouvement unique et singulier; c’est ce qu’a fait certainement Isabelle Adjani. Elle ne peut néanmoins échapper à d’intenses contradictions entre le froid et le chaud, entre le bleu nuit et l’or des étoiles, et tout ce qu’il y a de contrastes en elle de caractères collectifs très opposés. En général, un métissage quel qu’il soit augmente les potentialités passionnelles car s’il faut réunir en soi une logique d’ouverture au monde sensuelle, chaude, orale, et libérée, avec une rigueur, une discipline, une réflexion hautement organisée, une technicité invasive, cela ne peut être sans conflits intérieurs qui serviront de source à évoluer mais qui pourront déstabiliser son entourage comme elle-même. Son dernier film à ce sujet, elle qui fut royale dans la reine Margot, et qui incarnait tant de diversité, révèle là encore quelque chose d’autre dans «la jupe» qui sûrement n’est pas séparé de cette synergie avec l’Afrique et avec l’ordre germanique de l’Europe qui précisément fait confronter d’une manière exogène ce qui déjà pulse en elle par l’héritage de sa nature. Sûrement que cela apporte quelque chose par son talent et nous ne nous substituerons pas aux critiques de cinéma, mais il est certain que son corps et son visage de par l’origine même qui a généré cette esthétique, était bien placé et bien construit pour non seulement jouer un rôle mais libérer un message contemporain dont on a sûrement bien besoin encore quant au mariage du Sud au Nord.
Rédigé le 19.04.2010 | Benjamin Perrier


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