Publicitéx
L'Agefi


La Suisse bien suspendue au Brexit

Le nombreuses analyses ayant fait hier le point sur les trois ans de l’après-9 février 2014 (acceptation de l’initiative populaire dite «contre l’immigration de masse») ont beaucoup insisté sur la complexité politique et institutionnelle dans laquelle le Parlement a plongé le dossier pour ne pas prendre le risque d’un démantèlement des Accords bilatéraux I par l’Union Européenne. Risque dont l’évaluation est restée complètement différente s’agissant du Parti populaire SVP/UDC d’un côté (faible à nul), et des autres formations politiques de l’autre (très élevé et au-delà).

Les deux études scientifiques réalisées en 2015 sur mandat de la Confédération pour évaluer le risque économique n’ont pratiquement pas été évoquées. Ce qui n’a rien de surprenant. Ne traitent-elles pas essentiellement de la libre-circulation des personnes, en partant en plus de l’hypothèse étrange que les entreprises suisses ne pourraient plus recruter d’Européens librement sans cet accord avec L’UE? Pour ce qui concerne les facilités d’accès au marché, Accords de reconnaissance mutuels (ARM), leurs avantages sont difficiles à mesurer. N’ont-ils pas en plus été accordés par l’UE aux Etats-Unis, au Canada, au Japon, à l’Australie, à la Nouvelle-Zélande et à Israël sans libre circulation? On imagine mal qu’ils ne le soient pas au Royaume-Uni, ni à la Suisse sur simple base de réciprocité.

Car c’est bien l’effet Brexit qui semble aujourd’hui sous-estimé par les commentateurs. Il y a bien entendu de l’incertitude sur ce front, et le timing paraît déjà interminable. On peut penser toutefois que le Royaume-Uni ne va pas se demander pendant trois ans si ce Brexit sonne ou non la fin de la libre circulation (surtout pour conclure que ce n’est pas le cas). Ni accepter de Bruxelles une clause juridique aussi singulière que la bien nommée «guillotine», qui a piégé les Suisses de manière si dramatique.

Les Britanniques semblent beaucoup plus déterminés à avancer dans leur séparation institutionnelle en assumant des représailles économiques jugées surmontables à ce stade. Il est possible qu’elles ne durent d’ailleurs que le temps nécessaire aux Européens pour désidéologiser le dossier. Et (re)découvrir que le supplément de protectionnisme qu’ils s’imposeraient ainsi pourrait leur nuire autant qu’aux Britanniques.

Thierry Schaller
L'Agefi, vendredi 10 février 2017

Abonnez-vous au quotidien L'Agefi et à tous ses contenus !
Rédigé le 10.02.2017 | L' Extension


Donnez votre avis

Les commentaires sont modérés, merci de patienter avant la parution sur le site !

Validation
9 + 8 = 

L'Agefi