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Nomination


Direction générale de la SSR...

Inconnu outre-Sarine, peu connu en Suisse romande, le directeur d’Edipresse serait un sérieux candidat à la succession d’Armin Walpen, selon la presse alémanique.

Le Genevois Tibère Adler va-t-il succéder à un Alémanique à la direction générale de la SSR? Ce juriste de 47 ans pourrait devenir le successeur d’Armin Walpen, qui part à la retraite à fin 2010. Selon la SonntagsZeitung, le directeur général du groupe Edipresse serait le candidat de prédilection du comité de sélection qui doit trancher en mai prochain.
Mais qui est donc ce directeur au prénom d’empereur romain? Titulaire d’un brevet d’avocat genevois après avoir suivi une formation en management à l’IMD à Lausanne, Tibère Adler est un ancien joueur de l’équipe suisse de basketball, comme sa taille imposante en témoigne. Ce père de quatre enfants assume la direction d’Edipresse Susse depuis 2003. Il a été promu directeur général du groupe en février 2005, succédant à Pierre Lamunière, le président du groupe de presse romand N°1 (Le Matin, Le Matin-Dimanche, 24 Heures, La Tribune de Genève, Femina, Terre & Nature, Bilan, Le Temps à 45 %, etc.).

Contacté, Tibère Adler ne commente pas et ne dément pas, mais l’hypothèse est plausible: les quotidiens suisses du groupe vont passer dans le giron de Tamedia - le Matin-Bleu a déjà été absorbé par 20 Minutes - avec une fusion complète prévue début 2013. A cette date, le directeur général pourrait se retrouver «à disposition».

Echec à la Constituante
Le nom de Tibère Adler est moins connu dans le monde des médias romands que le sont les Jacques Pilet, Daniel Pillard et Gilles Marchand qui auraient davantage les faveurs de la cote s’ils étaient ouvertement candidats. Choisi en 1993 comme juriste par l’éditeur Marc Lamunière (ndlr: le père de Pierre Lamunière) pour reprendre le secrétariat général d’Edipresse, Tibère Adler n’est pas un homme du bercail et n’a jamais travaillé dans les médias électroniques: «Ce n’est pas un homme qui monte au front. Il délègue beaucoup sans chercher à personnifier l’entreprise à lui tout seul. Sa candidature l’an passé à la Constituante genevoise (ndlr: avec son fils Quentin sur la liste «Genève Avance» des milieux économiques) m’a surpris», confie Mathieu Fleury, l’ancien secrétaire central romand d’Impressum, passé à la Fédération romande des consommateurs (FRC).
Résultat des courses: un échec pour Tibère Adler arrivé au rang 19e avec 4’500 voix au sein d’une liste remportée par l’ancien «patron des patrons genevois», Michel Barde, et derrière d’autres personnalités «médiatiques» comme Michel Chevrolet et l’éditrice de… L’Extension. Un score un peu étonnant pour un patron de presse contrôlant la plupart des quotidiens romands, mais qui reflète bien son rôle d’«homme de l’ombre».

Pour ceux qui ont travaillé sous sa direction, Tibère Adler apparaît comme un chef au contact agréable et ouvert, au tutoiement facile mais qui peut aussi changer rapidement de ton et se fermer hermétiquement en cas de conflit, en se rangeant derrière la hiérarchie sans trop chercher à connaître les tenants et aboutissants. Rien à voir avec un directeur dont la porte est ouverte, au contact facile comme l’a été son prédécesseur Marcel Pasche.

Vente aux Zurichois de Tamedia
«Dans mes contacts avec Tibère Adler en tant que président de la Presse Romande, j’ai eu affaire à un directeur dur mais franc et respectueux, poursuit Mathieu Fleury. Il a toujours exprimé une vision claire, même s’il n’était pas facile à convaincre. Sa position face au secteur public est plus difficile à cerner. Mais quand vous défendez le secteur privé, vous êtes forcément plus dur avec la concurrence.»

«La presse écrite est maltraitée comparé à l’audiovisuel, déclare-t-il dans l’une des rares interviews accordées à ses propres titres, en l’occurrence à 24 Heures en mars 2005. Tout le monde trouve normale la position archi-dominante de la SSR». Dans une autre interview accordée au Temps en décembre 2005, il avoue qu’Edipresse pourrait être tenté «d’être plus ambitieux (face à la SSR) avec la libéralisation des ondes attendues à l’horizon», y compris «la création d’une chaîne commerciale à l’état de projet».

A la tête d’Edipresse, Tibère Adler a connu quelques déconvenues: l’échec du Matin Bleu face à 20 Minutes, celui plus relatif de 24 Heures avec une formule qui découpait le canton en quatre éditions régionales ou encore les négociations avec le personnel pour la signature d’une nouvelle convention collective, bien que le patron d’Edipresse se vante d’être un «employeur exemplaire». Lors des licenciements en octobre dernier d’une centaine d’employés (journalistes, photographes, imprimeurs, etc.), il y a eu débrayage et manifestation de journalistes dans la rue, ce qui ne s’était jamais vu en un siècle d’existence de la maison née en 1907 (la Société de la Feuille d’Avis de Lausanne, l’ancêtre de 24 heures).

Lors des discussions préliminaires entre Tamedia et Edipresse avant la sortie de 20 Minutes en Suisse romande, Adler a présumé de ses forces en voulant lancer lui-même un gratuit. Mais il avait négligé une donnée importante: Tamedia ne se privait d’aucune manne publicitaire, n’ayant pas de quotidiens en Suisse romande. Au contraire, Edipresse marquait un auto-goal en concurrençant ses propres titres au profit du Matin Bleu. Plus Tamedia augmentait le nombre de ses caissettes aux quatre coins de la Suisse romande, plus Edipresse était forcé de suivre et cannibalisait 24 Heures, Le Matin orange et la Tribune de Genève. Un match perdu d’avance.

Du côté de la SSM à Genève, personne ne souhaite commenter la candidature de Tibère Adler. Qu’il n’ait pas travaillé dans le secteur public ne paraît pas être un handicap: c’est bien un homme de presse écrite, le rédacteur en chef du Temps Jean-Jacques Roth, qui a été choisi pour occuper le poste de patron de l’information de la Radio Télévision Suisse (RTS), exprime-t-on à demi-mot. Mais un autre facteur, plus financier, parle en sa défaveur. Son salaire annuel de 914 000 francs, alors qu’il n’en gagnerait qu’un peu plus d’un demi-million à la tête du service public. Dans le monde de la SSR, on ne prête pas qu’aux riches!.
Olivier Grivat
Rédigé le 17.03.2010 | Benjamin Perrier


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